Le Lion, la Poule et l’Escargot
Au milieu du larynx sont des cordes vocales
De savante facture, ce dont l’homme est très fier.
Il plaint en le toisant son cousin l’animal
Qui ne sait pérorer ni parler à ses pairs.
Tôt, le coq s’égosille, la volaille caquette,
Sur son tertre le lion a baillé de plaisir,
Signifiant à la faune prête à bondir, inquiète,
Qu’il faut l’ouvrir bien grand avant que de rugir.
Et tandis qu’à ce cri les impalas sursautent,
La cagouille déroule ses muscles d’escargot
Et cornes en avant au milieu d’herbes hautes
Ambitionne en bavant l’abri d’un gros cageot.
Loin de la basse-cour, de la tiède savane,
Un chœur chauffe sa voix. Or le si ne sort pas.
Cette note est bloquée au sommet de la gamme
Mais à tendre l’oreille, ce n’est pas mieux en bas
Bien plus doux eut été le braiement d’un vieil âne
Qui aurait modulé les hi-han de son chant
Et tiré bon parti de son puissant organe
Pour sortir du trépas les morts et les gisants.
Tout le chœur reste coi, le si, le la, le sol
Sont tristement coincés au bord de l’épiglotte
Alors qu’il faut lancer bien clair un si bémol
Sans lequel, c’est fâcheux, tout le morceau capote.
Le chef eut une idée. Foin de ces gargouillis!
Empruntons leurs talents à nos bêtes amies.
L’escargot se projette au prix de grands efforts,
Le lion gronde et mugit, langue et griffes dehors
Et les poules poulent’ poulent’*, joues rondement gonflées.
Si l’on se prête au jeu, musique sortira.
Toujours se souvenir avec humilité
Qu’exemple vient souvent d’où l’on ne l’attend pas.
*En référence au verbe « poulpouler », peu usité car il n’est employé que par la chorale Citharista. Il signifie « faire des vocalises en gonflant les joues et en chantant poul, poul, poul ».
Pour en savoir plus sur Jean de La Fontaine et les VRAIES fables :
https://amiosis.fr/animaux-fables-jean-de-la-fontaine
https://www.storyplayr.com/blog/les-fables-de-la-fontaine
https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_de_La_Fontaine