C’est une fable que Jean de La Fontaine n’a pas eu l’idée d’écrire, pour la simple raison qu’il n’a pas eu le privilège d’assister à une répétition de notre chorale. Il n’a donc pas  observé comment notre chœur utilise tous les moyens à sa portée pour échauffer sa voix, en soignant notamment l’étape de l’éveil corporel.
En mode Citharista, il s’agit de posséder un peu d’imagination et de ravaler son orgueil. Imiter le roi des animaux, passe encore, mais faire la poule ou l’escargot !
La fable qui suit a pour modeste ambition de réparer ce malencontreux rendez-vous manqué avec le Maître fabuliste. Elle s’intitule : 

Le Lion, la Poule et l’Escargot

 

Au milieu du larynx sont des cordes vocales

De savante facture, ce dont l’homme est très fier. 

Il plaint en le toisant son cousin l’animal

Qui ne sait pérorer ni parler à ses pairs.

 

Tôt, le coq s’égosille, la volaille caquette,

Sur son tertre le lion a baillé de plaisir, 

Signifiant à la faune prête à bondir, inquiète,  

Qu’il faut l’ouvrir bien grand avant que de rugir.   

 

Et tandis qu’à ce cri les impalas sursautent,

La cagouille déroule ses muscles d’escargot

Et cornes en avant au milieu d’herbes hautes

Ambitionne en bavant l’abri d’un gros cageot.

 

Loin de la basse-cour, de la tiède savane,

Un chœur chauffe sa voix. Or le si ne sort pas.

Cette note est bloquée au sommet de la gamme

Mais à tendre l’oreille, ce n’est pas mieux en bas

 

Bien plus doux eut été le braiement d’un vieil âne

Qui aurait modulé les hi-han de son chant 

Et tiré bon parti de son puissant organe

Pour sortir du trépas les morts et les gisants. 

 

Tout le chœur reste coi, le si, le la, le sol

Sont tristement coincés au bord de l’épiglotte

Alors qu’il faut lancer bien clair un si bémol

Sans lequel, c’est fâcheux, tout le morceau capote.

 

Le chef eut une idée. Foin de ces gargouillis!

Empruntons leurs talents à nos bêtes amies.

L’escargot se projette au prix de grands efforts,

Le lion gronde et mugit, langue et griffes dehors

Et les poules poulent’ poulent’*, joues rondement gonflées.

Si l’on se prête au jeu, musique sortira.

Toujours se souvenir avec humilité

Qu’exemple vient souvent d’où l’on ne l’attend pas. 

 

*En référence au verbe « poulpouler », peu usité car il n’est employé que par la chorale Citharista. Il signifie « faire des vocalises en gonflant les joues et en chantant poul, poul, poul ».